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mardi 22 avril 2025

Vivre avec les autres : sensation de toujours faire des efforts

 Sensation d'injustice : Pourquoi dois je toujours faire des efforts et pas l'autre?


Une des problématiques liés au développement personnel est le fait de se différencier, et de vivre autrement.

D où vient ce sentiment d'injustice?


Il y a plusieurs choses difficiles quand on entame ce mouvement de changement. L'une de celles ci est une forme d'injustice ressentie que nous faisons toujours des efforts vis à vis des autres, et que ceux ci n'en font pas ou pas assez.


C'est un signe que nous sommes sur le chemin, et que nous n'avons pas encore passé cette étape d'empathie envers le monde, de mon point de vue.


J'ai de la compréhension pour ces personnes qui vivent cette injustice. En effet, vous avez fait "des efforts", terme sur lequel je reviendrai, vous avez vécu des formations, vous avez lu, écouté, regardé tout un tas de choses pour mieux comprendre, et vivre vos relations.

Et effectivement, cela serait tellement plus facile si votre partenaire dans votre relation avez fait la même chose, vous pourriez vous rejoindre dans un lieu de compréhension, avec des éléments de théorie commune, un temps à analyser ce qui se passe, à prendre le temps à vivre la relation pleinement.


Et c'est très rarement le cas. Vous avez passé tout ce temps, et vous avez la compréhension, et malgré tout, vos relations restent compliquées. Car quelque soit le niveau d'authenticité que vous utilisez pour exprimez vos besoins, vos sentiments, le tourbillon qui vous habite, en bienveillance, et en utilisant tous ces préceptes, l'autre ne réagit pas de la manière qui vous conviendrait.

Vous êtes toujours en train de ramer dans votre relation, et finalement, vous avez l'impression qu'il n'y a que vous qui ramiez.


Effectivement, vous ne pouvez pas imposer à l'autre qu'il change, ou qu'il s'intéresse à différentes choses car vous mêmes vous le faites. C'est un chemin personnel, et presque intime.


Le terme "Effort"


Il y a plusieurs pistes pour travailler ce sujet "injuste". Le mot "efforts" est déjà un mot significatif. Tandis que vous pensez faire des efforts (pour apprendre, comprendre, écouter l'autre), l'esprit humain attend une récompense. Et ce qu'on nous appris dans notre éducation, tout effort mérite récompense. Alors posez vous la question de est ce que c'est un effort? Pourriez vous considérer cela différemment? Quitter l'espace d'effort, pour vous rappeler que si vous avez fait tout cela, c'est pour grandir, vous améliorer, être une meilleure personne, et que la récompense potentiellement vous l'avez déjà, car vous vous êtes développés. Peut être peut on voir cela comme un plaisir qu'on s'est donné, octroyé, de prendre du temps pour soi, pour se changer, mieux vivre sa vie, ses relations. Quitter l'espace de l'effort, cela fera déjà une différence, et quittera l'attente, et l'amertume.

Besoin de reconnaissance

Quand j'entends ce mot effort aussi, je peux me demander si derrière tout cela, il n'y a pas un besoin de reconnaissance qui pointe son nez. Regarde moi j'ai fait des efforts, reconnais moi dans mon évolution. Il y a plusieurs choses qui m'intéressent là dedans. Déjà être vu dans son "effort" ou dans son évolution. C'est clairement un besoin de reconnaissance. Et on va parler ensuite, c'est une manière potentielle de se déresponsabiliser. L'autre n'est pas assez ceci, il ne fait pas cela. C'est donc de sa faute, je ne peux rien y faire. La victimisation et la déresponsabilisation sont des outils puissants, que nous aimons beaucoup utilisé, car cela nous affranchit de faire un effort, pour mieux appréhender la situation, et se remettre en question. J'en parle plus loin, de ce sujet difficile, d'aller regarder chez soi.

Jeux psychologiques pour le bien de "nous"

Aussi, cela me donne l'impression qu'en disant "regarde mes efforts", ou en s'en convainquant soi même, cela nous donne une légitimité dans la relation, qui ferait stopper le moment difficile, pour que l'autre vous rejoigne dans cet espace auquel vous aspirez. Stop, regarde, j'ai la vérité, on peut vivre différemment, ce que tu fais est mal (jugement) ou maladroit (jugement). Laisse moi te montrer comment il faudrait faire. Cela génère une potentielle infantilisation, donc un rejet / rébellion. Rare sont les personnes à qui ont dit qu'ils ont tort, apprécie ce retour pour faire un pas de côté et se dire, ha oui, tiens, si je regardais ce que je pourrai faire de mieux? D'autant plus quand on est dans un moment difficile de la relation, où le jeu le plus courant est de faire porter la responsabilité de ses émotions désagréables sur l'autre.

Vouloir montrer votre monde meilleur

Ensuite, dans la relation, vous avez appris des choses, vous vous êtes entrainés, vous êtes devenu compétents, et ce qui paraissait une montagne, aujourd'hui, vous le voyez du haut de cette montagne, et vous admirez les couleurs de la vallée, de la lumière, la douceur du vent (qui paraissait aller contre vous tout le long de la montée). Et vous voyez tous ces gens en bas de la montagne, qui ne peuvent pas voir ce que vous voyez. Vous voyez aussi ceux qui peinent sur le chemin. Rappelez vous votre propre vie, il n'y a pas si longtemps. Vous au fin fond de la vallée, qui ne voyez la montagne que par ciel clair, et n'imaginiez pas qu'un jour vous la graviriez pour voir ce qui se passait une fois là haut.

Reprenez conscience de cela, et tournez votre esprit, sans arrogance, ni domination, mais juste avec empathie vers ces gens qui n'ont pas fait ce chemin, en vous rappelant votre propre ignorance de hier, et ce qu'il a fallu pour qu'un jour vous preniez la décision d'aller sur ce chemin.


De cette même hauteur, prenez conscience que l'autre n'a pas vos connaissances, entraînement. Il n'a peut être même pas connaissance que cela puisse exister de vivre une relation d'une manière différente. Ce qui nous semble évident, n'est malheureusement pas toujours accessible par l'autre. Nous oublions souvent que la connaissance que nous avons est issu d'un chemin. Sur ce chemin, nous avons rencontré la nécessité de changer, l'envie de changer, les déconvenues dans nos essais, l'espoir, des outils, des personnes qui vous ont soutenu. Finalement, ce n'est pas en voulant que l'autre soit "meilleur" qu'il va le devenir.


Vouloir sauver ou changer

Il vient aussi le temps où nous voulons "sauver" l'autre, car quelque part nous avons découvert une baguette magique, et on nous a dit que cela allait changer plein de choses et que cela marchait. Nous sommes dans ce moment, où nous voudrions que les autres apprennent aussi, et nous rejoignent dans ce rêve, ce doux pays où le monde est plus harmonieux, facile, tranquille.

Mais encore une fois, ce désir de changement, même si vous pensez convaincre l'autre, en lui en montrant tous vos espoirs, ce désir au final lui appartient.

Ce que je me rends compte aussi, et peut être est ce l'une des parties les plus dures à entendre, que nous restons longtemps dans cette phase où nous espérons que l'autre change. Si tel est le cas, c'est que notre chemin n'est pas encore accompli par ailleurs. C'est ma conviction. Tant que nous nous concentrons sur l'autre, sur le fait qu'il est ceci, ou n'est pas cela, et s'il faisait cela, et s'il changeait en apprenant, c'est que nous n'avons pas entièrement intégré ceci ou cela.

Ce qui nous dérange chez l'autre, c'est notre propre incapacité la plupart du temps.

Etre en paix avec soi même

Le plus dur est de vivre en paix avec soi même, avoir pris le temps de se connaître, de connaître ses blessures, les éléments qui nous stimulent.  Ce faisant, nous devenons plus résilient dans la relation. Finalement moins de choses nous touchent, et nous font réagir "négativement". La vraie liberté démarre là. Quand nous ne sommes plus en train de réagir sans cesse à des stimuli que les autres nous tendent.

lundi 24 mars 2025

Confiance en soi ou Domination

Confiance en soi ou domination?


Je me rends compte qu’aujourd’hui, beaucoup de valeurs admirées – maturité, réussite – ne sont pas forcément les meilleures pour nous. Et si ce qu’on t’apprenait te freinait plus qu’il ne te libérait ?

Une société dans le paradigme de la compétition


Nous vivons dans une société qui reste dans des niveaux de conscience où la domination est le modèle le plus courant. Clare Graves décrit la spirale dynamique, et montre que le niveau orange est le mème dominant - celui de l'efficacité, de la compétition, où la réussite se mesure souvent par le pouvoir sur autrui.  Je peux le voir dans les relations, chacun essaye de trouver sa place, et la place est meilleure si je suis au dessus de l'autre, ou en position de domination.


La domination mode d'emploi au quotidien


Comment je peux détecter un domination? La personne me donne des conseils, alors que je n'ai rien demandé (elle se pose en sachant, et a un vérité qu'elle veut me donner). Elle me fait remarquer quelque chose que j'aurai "encore" mal fait (posture jugeante, et qui peut venir réveiller chez moi une forme de honte) : j'ai encore oublié de ramener ceci ou de faire cela, je suis encore en retard, j'ai encore fait une faute d'orthographe, j'ai encore oublié de couper les légumes de cette manière, j'ai encore fait trop cuire... Et l'intention peut être de faire grandir l'autre, cela reste une posture dominante.

En Analyse Transactionnelle, Eric Berne appelle ça un jeu du "Parent critique" : sous couvert d’aide, on assoit une supériorité
 
Finalement, les petites taquineries sont affaire de domination aussi. La petite blague qui me fait sourire, parce que je dis dans un groupe ce que tu as fait la dernière fois, une anecdote que tu n'aurais peut être pas voulu dont je parle, ou parce que je raconte que tu as renversé ton verre, du coup, régulièrement je t'appelle le maladroit, en te rappelant de faire attention.
Ou quand je te dis, tu n'aurais pas pris un peu de bidoche, mais c'est mignon chez un homme, ou quand je te fais remarquer tes cheveux blancs (comme si tu ne savais pas que tu en avais).
Brené Brown note que la taquinerie peut lier si elle est voulue, mais sans accord, elle blesse.

Dynamique de pouvoir et intentions

Certains me diront, mais il n'y a pas de mauvaises intentions, et c'est pour rire, on se taquine car on s'aime bien.

En vrai, on ne sait pas ce que l'autre vit, et à mon sens cela reste une relation de domination.
Pour beaucoup, c’est un rite de connexion – une vanne, un rire, une preuve d’amitié – jusqu’à ce que ça blesse, devant la mauvaise personne. On est dans une logique de pouvoir individuel qu’on retrouve dans nos liens, mais le niveau vert (spirale dynamique) commence à la défier.


La confiance en soi

Alors quel est le rapport avec la confiance en soi?

Définitions


Si on reprend une définition de la confiance en soi, c'est la croyance en sa capacité à mener une action, à effectuer une tâche peu importe la difficulté, dans un domaine déterminé. Ma confiance en moi va porter par exemple sur l'écriture d'article. Je sais que j'ai déjà fait, que j'ai des compétences pour le faire, je connais l'argumentation, la structuration, j'ai un champ lexical développé, et je sais formuler mes pensées en des phrases que des gens comprennent.
Très différent de l'estime de soi, qui est la valeur que je me porte. Par exemple, je ne publie pas toujours un article que j'ai écrit, car j'ai une estime moyenne de moi même, qui fait que je peux penser que ce que j'écris n'a pas d'intérêt pour autrui, et que ce n'est pas suffisant bien.
Partant de ces définitions simples, je vois qu'il y a une différence notable avec ce qu'on pense être de la confiance en soi. Combien de fois, j'ai pu entendre "mais quelle confiance en lui, j'aimerai être comme lui/elle". 

Paraître confiant et être confiant


On admire souvent une "confiance d’image" : voix assurée, zéro doute, ton affirmatif. Dans mes années en entreprise, 8 fois sur 10, on louait ça chez des managers masculins qui parlaient fort et décidaient vite. Mais est-ce de la confiance ? 
J'ai travaillé avec des gens qui ont cette image de confiance en soi, et qui vont travailler des nuits entières pour préparer, car ils vivent dans la peur du regard des autres, de ne pas faire assez bien, de ne pas être parfait, il faut peaufiner pendant  des heures chaque couleur, forme, texte, etcetc... Du coup, ont ils vraiment confiance en eux?
Et en même temps, je connais des experts, avec une compétence reconnue, qui ne dégagent pas cela, ont une forme d'humilité , et se questionnent toujours, ont des doutes, aiment vérifier, et ne vont pas être affirmatifs systématiquement. Pour autant, vous leur donnez une tâche, ils vont l'exécuter sans sourciller.
Je ne veux pas généraliser. Certains ont une confiance en soi, car ils savent très bien faire ce qu'ils font, ils sont des experts, et de ce fait sont affirmatif, et nous mènent là où il faut aller.
Cela crée chez moi des doutes. 


Eduquer les gens à paraître confiants


J'ai pu voir en entreprise des formations de savoir être, proposées à des gens, discrets, introvertis, ou en manque de "confiance en eux". Ces formations concernent la capacité à parler en public, placement de voix, gestuelle, langage non verbale. Des exercices d'assertivité, qui sont surtout des exercices d'affirmation de soi.


Finalement, si on voulait travailler la confiance en soi de la personne, ne faudrait il pas avant tout lui apporter un niveau de compétence suffisant, pour qu'elle se sache experte, ou suffisant compétent pour mener à bien n'importe quelle tâche. Ne faudrait il pas valoriser son travail, et lui montrer que la plupart des gens n'en sont pas capables car bien moins compétents? J'en reviens à la définition.
Est ce que la compétence "confiance en soi" n'est pas en réalité un travail sur des jeux de pouvoir, et comment en sortir gagnant. J'ai su convaincre, prendre l'ascendant sur l'autre ... J'ai travaillé ma posture, ma capacité à jouer sur ma posture physique, l'intonation de ma voix, qui me permet d'être supérieur (timbre de voix, puissance de voix), submerger l'autre par la parole (jusqu'à ce qu'il craque), capacité à résister aux assauts, à avoir de la répartie, à répondre à tout en montrant que je suis sûr de moi (non pas parce que je sais, mais parce que je dois montrer que je sais).


J'ai l'impression que ces personnes savent comment avoir raison, comment convaincre. Ils apportent la vérité. Recevoir un doute, n'est pas recevable. Remettre en question serait un trou dans la carapace de la "confiance en soi".


Moi le consultant


Il fut un temps, où j'ai pu avoir cette posture. Je parle de moi aussi dans cet article, car on m'a demandé de jouer ce rôle, notamment dans mon métier de consultant. J'ai du travailler mon assertivité par exemple. J'ai appris à placer ma voix, et quand je donne une formation, j'ai souvent une voix très posée, plus grave qui fait que les personnes sont attentifs, et dans une forme de subjugation.
J'ai été aussi à une époque très connu pour ma répartie. Savoir répondre du tac au tac. Il était rare que je me laisse faire, et je reprenais la main dans une joute verbale, ou dans une discussion. C'était un jeu pour moi, où je devais ressortir gagnant, sinon c'était l'humiliation. J'humiliais l'autre, et cela me faisait rire. Tout cela étaient des jeux de pouvoirs. Avoir raison, être meilleur, prendre le dessus, gagner. J'avais le dessus.


Ceux qui me connaissent aujourd'hui peuvent être étonnés par cela. Ceux qui l'ont vécu, je leur en demande pardon, et comme certains diraient, il n'y avait jamais eu d'intentions de blesser, sauf qu'aujourd'hui je suis capable de voir, que j'ai pu être blessant, sous couvert d'une bonne blague, d'une taquinerie.


Cet article n'est pas un mea culpa, juste dire que la société nous pousse dans certains endroits, car c'est la place qu'on vous donne, et qu'un jour on peut en prendre conscience, et faire d'autres choix. Celui que j'essaye de faire aujourd'hui, est celui de relations plus authentiques.

Ouverture et invitations

L'ouverture que j'aimerai donner est tout autre.


La charge mentale du manque de confiance en soi


À ceux qui "manquent de confiance", on répète d'imiter ces modèles dominants. Mais est-ce ça, la confiance en soi? Et si on arrêtait de courir après une confiance qui parade ? Je veux une force intérieure qui agit – pas un masque. 
Trop de gens compétents n’osent pas, écrasés par des "diseurs de vérité" sans place pour le doute. Graves l’a vu, un changement dans la société a démarré : le passage d’orange (pouvoir) à vert (collaboration) redéfinit tout – plus humain, moins dominant.
Quand vous voyez une personne qui dégage de la confiance en soi, voyez si c'est une stratégie pour montrer


Je vois beaucoup de personnes qui manquent de "confiance en eux", et à qui tout le monde  répète inlassablement qu'il faut travailler leur confiance en eux. Et en même temps, ils prennent pour modèle des gens qui sont en domination, et dont on loue la "confiance en soi". Posez vous la question de est ce vraiment de la confiance en eux, ou est ce juste des jeux de domination. 
Encore une fois, certaines personnes sont inspirantes par leur confiance en eux, car ils ont un niveau de maîtrise importante dans leur domaine, et se sentent capable de presque tout, et cela reste des modèles.

Se faire confiance


Essayer de revenir à ce qu'est la confiance en soi, et de ce qu'il vous faudrait pour avoir plus confiance en vous. Est ce si important de paraître confiant en soi? Finalement, est ce que la confiance en soi, ne devrait pas n'exister que pour soi (les autres ne devraient pas pouvoir la juger)? Moi seul sait que je peux le faire, et je n'ai pas besoin de l'affirmer, je le fais et c'est tout.


Je vois des gens très compétents qui n'osent pas, car ils n'ont pas cette image. 


Quand je travaille avec ces gens, en manque de confiance en eux, je vois des gens avec des potentiels de fou, des compétences incroyable, et qui le plus souvent ont du mal à croire en eux, car ils ont été écrasés par des diseurs de vérité et qui ne laissent pas de place à des gens qui peuvent avoir des doutes, des questions ….


Le modèle sociétal a été longtemps d'avoir des gens forts, affirmés, sans peur, sans doute. Aujourd'hui, le modèle est en train de changer, et on voit que dans les accompagnements de leader, on leur apporte l'intelligence émotionnelle, l'écoute, la vulnérabilité, la capacité à avoir des doutes, à s'entourer de gens qui ont eux la compétence, le droit à l'erreur.


J’aimerais voir les compétents admirés pour ce qu’ils font, pas ce qu’ils disent pouvoir faire. Et vous, qu’admirez vous vraiment ?

#EveilVivant #Authenticite #Relations


mardi 17 novembre 2020

Droit à l'erreur

J'ai eu le droit à une question qui m'a touché récemment : "et toi, le droit à l'erreur tu y crois vraiment?"

"Car cela peut avoir des conséquences de se tromper, pour l'entreprise, pour les gens qui t'entourent..."

Je pense que la question est légitime, et j'aimerai y apporter ma réflexion.

Oui, je crois au droit à l'erreur. Mais qu'est ce que cela signifie?

Le droit à l'erreur dans l'agilité

Le droit à l'erreur est une notion importante en agilité. 

De par l'observation de nos projets, nous savons que le résultat n'est que très rarement au niveau de ce qui était attendu. Alors par honnêteté intellectuelle, plutôt que croire que nous pourrons être au niveau zéro erreur, nous prenons le parti de se dire, que cela va arriver.

Un projet, et notamment informatique, est une chronologie de choses imprévues, et d'erreur à tous les niveaux de la chaîne. Et cela s'explique, il n'y a pas à chercher à créer un monde parfait, et rigide, au contraire, c'est un monde changeant et mouvant. Il n'est pas possible de tout prévoir.

Du coup, le parti pris est d'accepter les erreurs, mais d'en atténuer les impacts. On peut se tromper, mais il faut être en capacité de vite récupérer son erreur.

On met en place des cycles courts, des itérations, des démonstrations afin de récupérer du feedback (que cela soit auprès des utilisateurs, mais aussi auprès des "machines" : est ce que l'installation fonctionne, la charge est supportée....), trouver des solutions ensemble, et mettre en place des plans d'amélioration pour être meilleur à chaque fois.

Du coup, la gestion de l'erreur doit être dans une perspective d'apprentissage. On a essayé quelque chose, on s'est trompé, mais on a appris, et on fiabilise du coup ce que nous faisons.

Dans ce cadre, où l'impact est limité par une prise en charge rapide de l'erreur, les personnes se sentent plus confortables, car elles savent qu'elles peuvent:

  • Ne pas être parfait (ce qui est une injonction ne pouvant pas être respectée par défaut), et que si jamais elles se trompent, elles ne seront pas pointés du doigt
  • Essayer de nouvelles choses, et que si cela réussit, cela apporte des choses très positives, et que si cela échoue, l'erreur ne met pas en péril le projet, car la portée est limitée et on aura appris de cette expérience

Errare Humanum Est

D'une manière plus large, la vie est une longue expérimentation. Heureusement pour nous, nous ne savons pas tout sur tout, et l'ensemble des contraintes et des pressions nous poussent à faire des choses qui sortent soit du cadre de notre compétence, soit du cadre de notre congruence.

Nous nous trompons, nous faisons des erreurs. C'est un fait. Nous faisons sûrement du mieux que nous pouvons, mais nous sommes amenés à agir hors du cadre de notre zone de contrôle, et à faire des choses incertaines, ou à prendre des décisions rapidement sur la base d'éléments insuffisants, ou hors de notre cadre de référence.

C'est notre quotidien. Il s'agit de ce que nous disons à notre voisin, il s'agit des décisions que nous essayons de prendre pour nos enfants, il s'agit des choses que nous produisons au travail, ...

Et effectivement, cela a des conséquences. En fait ces conséquences existent toujours, qu'elles soient le fruit d'une erreur, ou d'un choix judicieux. Mais louons la personne qui a choisi d'agir. Elle a pris un risque en agissant, et elle a essayé de répondre à ce qu'on lui demandait, ou a essayé d'agir au mieux de ce qu'elle était capable de faire.


Oui Mais


Certaines personnes ne supportent l'erreur des autres, et ont des niveaux d'exigence incroyables.
Perte de confiance, perte de poste, perte de carrière, mise au placard...

Tout cela existe bien entendu, et est très répandu dans nombre de sociétés.

A mon sens, c'est lié à des phénomènes culturels, d'intérêts personnels, et de communication.

La Culture d'entreprise


Dans une société, très hiérarchique, chacun doit rendre des comptes à son supérieur, et on se trouve souvent dans des postures de micro management. Il y a une "peur" d'annoncer de mauvaises nouvelles, et d'afficher la réalité. Il faut toujours être parfait et impeccable, pour plaire à son supérieur, et surtout ne pas avoir besoin de justifier, une erreur de jugement, d'appréciation. On est responsable de son périmètre, tout doit être sous contrôle.
Dans cette dynamique, l'erreur n'est pas tolérée, car elle ramène à la peur d'annoncer la mauvaise nouvelle, et de se faire juger sur l'erreur d'un autre.

Il est évident que dans ce genre de culture d'entreprise, la prise d'initiative est très limitée, tout doit être sous contrôle. Réussir à faire basculer cette culture demande à ce que le manager de l'entité, est un vrai leadership et une capacité à assumer ses décisions. Peut être que tout ne suit pas le "PLAN", mais les résultats peuvent être là malgré tout, et peut être que si une année est moins bonne, c'est qu'on a investi pour une année meilleure l'an suivant.

On en revient à essayer de discuter d'autonomie, de responsabilités délégués, de confiance, et de création d'une structure se basant sur un collectif qui s'aligne dans une même direction.


Les intérêts personnels


Ce topic est en partie lié au précédent. Dans une culture d'entreprise où on favorise la carrière personnelle, où on reçoit un variable lié à ses propres résultats, ... on aura des managers très individualistes qui prendront tout très personnellement, car cela va impacter leur résultat, et leur récompense.
Quand en fin d'année, j'ai l'espoir de recevoir 50k€ en variable, c'est une somme qui fait réfléchir, et sur laquelle la plupart des gens auront du mal à s'asseoir dessus au nom de l'intérêt commun.
Quand la prime est de l'ordre de quelques centaines d'euro, je suis plus à même à m'en désintéresser. Cela ne change pas grand chose à mon niveau de vie. 

On aura alors des discours, sur les impacts que l'erreur a sur la société, qui en fait, sont juste des masques autour de la crainte de ne pas toucher son variable, ou d'avoir des conséquences sur sa personne (carrière, ....).

Avant que le manager puisse devenir leader, et mettre en place une libération du collectif, pour plus de coopération, et de développement de son effectif, le manager doit devenir désintéressé de son intérêt personnel. 
Il ne s'agit pas de ne plus être impliqué dans la vie de sa structure, mais de changer son implication.
Il ne s'agit plus de rechercher son propre avancement, son propre développement, sa propre récompense extrinsèque, mais de s'accomplir dans un but collectif, où voir les autres grandir est une récompense du quotidien. 


Bienveillance envers soi même


Enfin un sujet important, et quelque soit la culture de l'erreur qui vous entoure, il y a un sujet autour du soi.
Il faut savoir s'accorder de la bienveillance (être bon envers soi même). Même si autour de vous, les gens ne le pensent pas, il faut s'accorder à soi son propre droit à l'erreur.
Autant la question peut sembler légitime autour de soi, dans son entreprise, est ce qu'on a vraiment le droit de se tromper, je ne suis pas payé pour me tromper... etcetc.
Autant en se concernant, dans sa propre bulle, dans son propre univers, il faut souffrir d'honnêteté.
En étant honnête avec moi même, je sais que la perfection n'existe pas (c'est peut être une croyance que certains auront du mal à imaginer). Il y a toujours un moment où j'apprends (de mes erreurs), et je suis amené à faire des erreurs pour toutes les raisons qu'on s'est dite auparavant.
Je le sais ... Je l'accepte ... je ne me sens pas coupable de m'être trompé. Je peux me sentir coupable, si je n'ai pas fait de mon mieux (paresse, manque de motivation, ...) et encore, c'est un sentiment que je préfère éloigner.

Si chacun s'accordait cette bienveillance, peut être que cela serait déjà un bon point de départ, pour accorder cette même bienveillance envers ceux qui nous entourent?


Pascal Ogil




jeudi 17 septembre 2020

Ce que la CNV m'a appris

 La vie est faite de rencontre, et l'une de ses rencontres m'a apporté des rudiments autour de la CNV.

J'aimerai vous partager quelques éléments qui ont modifié ma vision du monde.


OSBD

Je me suis rendu compte que les personnes autour de moi, qui ont eu une "initiation" à la CNV, n'ont retenu que l'outil nommé OSBD.

O : Observation : je pars d'un fait, une observation dans mon environnement, et surtout dans mon présent.

S : Sentiment : Je regarde en moi, ce que cette observation provoque en moi en terme de sentiment (colère, tristesse, joie)

B : Besoin : je détermine à quel besoin, ce sentiment se réfère. Si je suis triste, c'est qu'un de mes besoins est impacté négativement. 

D : Demande : Je fais une demande auprès de mon entourage, afin de déclencher un mouvement afin de satisfaire le besoin, sur lequel j'ai un déficit.

Effectivement, cet outil permet de se centrer sur soi, et d'apprendre à effectuer des demandes pour satisfaire ses propres besoins, et donc se sentir mieux.

Mais il y a plusieurs dérives à cela, si on n'utilise l'outil, sans avoir été influencé par l'esprit de la CNV.

1/ On utilise cet outil comme d'une excuse pour faire des demandes, et s'offusquer de la réaction des autres, en se protégeant sous le sceau, oui mais j'ai fait une demande CNV, je ne comprends pas pourquoi il réagit comme cela.

2/ On confond demande et exigence, et on se retrouve dans une posture égoiste sous couvert encore une fois de la CNV.

Demande et exigence

La différence entre une demande et une exigence, c'est que lorsque vous faites une demande, vous pouvez imaginer que la personne en face de vous, peut vous dire non, et c'est tout à fait entendable.

ex :  

A : J'ai vu une affiche dans le métro, je me sens excité, car j'aimerai voir ce film. Je ressens un besoin de partage, et de détente. J'aimerai aller au cinéma ce soir avec toi. 

B: Non, je suis fatigué, j'aimerai me coucher tôt ce soir.

Là où ne s'arrête pas la CNV, c'est que ce n'est pas juste un manière d'exprimer à l'autre des demandes.

Il s'agit aussi de comprendre que ce qui est valable pour soi, est valable pour autrui également. Il est également dans une dynamique, de sentiment qui le relie à ses besoins, et qu'il a aussi besoin de nourrir ses propres besoins.

Il y a donc une notion d'acceptation d'autrui qui est très importante.

Acceptation

Le travail de la CNV commence par un travail interne assez profond.

Il s'agit d'apprendre à s'écouter, à écouter ce qu'on ressent, et en fait à prendre le temps de s'écouter.

Et de se poser la question, qu'est ce qui fait que je ressens cela? Mais pas dans le sens externe de la chose. Il ne s'agit pas d'énumérer les stimuli, mais plutôt de comprendre quels sont les besoins en soi qui sont nourris, ou au contraire qui sont frustrés, car en disette.

Quand on me refuse une invitation à dîner, qui est un stimulus, je peux me sentir triste pour différentes raisons, et donc différent besoin qui demandaient à être nourris:

  • besoin de connexion (passer du temps avec autrui)
  • besoin de considération (que quelqu'un prenne du temps pour moi)
  • besoin d'amusement (j'avais envie de passer du bon temps avec toi ou autrui, peu importe)
  • besoin de partage (c'était l'occasion pour moi de te partager des nouvelles sur ma carrière, ma famille, ...)
Ce n'est donc pas son refus qui est à mettre en cause. Il s'agit de voir quel besoin en moi est "frustré", et de déterminer par quel moyen différent je pourrai l'alimenter. Si j'avais un besoin de partage, finalement, je peux l'appeler, cela sera moins "fun" mais peu importe. Si c'est un besoin de considération, alors je vois avec lui quel jour pourrait lui convenir. Si c'est un besoin d'amusement, je peux choisir de sortir seul dans un bar, et prendre du bon temps au hasard d'une rencontre.

Ce qui est important à comprendre, c'est que ce n'est pas la faute d'autrui si on se sent mal. Ce n'est qu'un stimuli, si je carricature. La personne en face, a complètement le droit d'être indisponible, et a ses propres besoins à nourrir, et son propre contexte.
Elle ne cherche pas à nous nuire sciemment. 

Il y a donc un enjeu, d'acceptation, acceptation de soi, et de ses propres besoins, et acceptation d'autrui, et du fait qu'il a son propre contexte, que nous ne devons pas forcément comprendre.
 

Jeux de pouvoir & colère

Il est intéressant de comprendre, que par cela, on va essayer de quitter les jeux de pouvoir/domination, pour aller vers plus d'authenticité.

Du fait, qu'on a compris, qu'on est responsable avant tout de soi même, et que c'est dans soi qu'il faut puiser les ressources nous permettant d'être heureux, on va pouvoir quitter les jeux de domination, pour aller vers plus d'authenticité.

Les jeux de pouvoir sont des systèmes qui permettent de prendre l'ascendant sur quelqu'un à son détriment, et souvent c'est une relation perdante perdante. Mais  c'est aussi le moyen le plus courant de trouver de la satisfaction, et de penser répondre à ses besoins.

Déclencher de la culpabilité chez autrui, par exemple, pour le "forcer" à agir dans son sens est très courant. Plutôt que d'être dans la compréhension, et l'empathie, on va chercher à faire plier l'autre par différents jeux, pour satisfaire son propre égo.

Au travers de la CNV, nous connaissons nos besoins profonds, et nous savons qu'il existe différentes manières de les nourrir, et quand bien même, si ce n'est pas possible dans l'instant, il est plus important de ne pas créer de "violence" avec autrui, plutôt que de satisfaire de manière égoiste son besoin.

Nous essayons autant que possible d'aller vers l'authenticité, en exprimant ce que nous pouvons ressentir, mais ces sentiments nous appartiennent, il n'y a pas lieu de culpabiliser quelqu'un ou quelque chose pour cela. C'est une forme d'honnêteté émotionnelle. Et en être responsable, ne pas remettre dans les mains d'autrui la responsabilité de son propre état.

La colère fait partie à mon sens des jeux également. Il est plus facile de reprocher quelque chose à autrui, il est plus facile de lui nuire par une forme de violence, que de regarder en nous, ce qui se passe, et comprendre quelle frustration se joue en nous, et se manifeste par de la colère.

La colère est le signe que nous passons beaucoup de temps dans notre tête à juger, à faire des hypothèses sur les intentions de l'autre, à établir qui mérite d'être puni, à refaire le monde en pensant à ce qui aurait du être fait ou non. C'est le signe qu'on perd contact avec nous mêmes.

La colère ne devrait jamais être dirigé vers autrui, mais doit être une énergie qu'il faut canaliser, pour travailler pour soi. Elle a une force motrice énorme... Utilisons là pour mener des actions qui vont nous faire du bien. Par contre utiliser contre autrui, c'est une dépense d'énergie énorme, qui nous épuise, et qui ne mène à rien de positif. Il n'y a même pas réellement de soulagement.


Conclusion

Je pense qu'il est clair, qu'on est très loin d'un simple outil de communication. C'est une démarche personnelle très profonde, et avant d'avoir le coeur d'une girafe, le coyote va venir régulièrement parler à notre place.

En tous les cas, en terme de développement personnel, j'encourage les gens à s'intéresser à la CNV. Elle permet d'apprendre beaucoup sur soi, sur ses mécanismes, sur la manière d'interagir avec autrui, et de la difficulté d'être authentique.

Je vous encourage également, à cotoyer des personnes aguéris, pour vous aider à bien comprendre cette philosophie, et ne pas rester uniquement dans le processus ou l'outil, mais d'aller vers le vivant, ... car il s'agit bien d'apprendre à mieux vivre avec soi même, et avec autrui.


dimanche 13 septembre 2020

Ce que m'apporte l'eneagramme

Suite à une rencontre, j'ai découvert le mot Ennéagramme.

Il s'agit d'une méthode de développement personnel selon wikipédia :D
C'est quelque chose qui reste très en marge et qui malgré son âge, a une reconnaissance limitée.
Je ne maîtrise pas suffisamment pour en voir les limites, et critiquer raisonnablement le sujet.

En quelques mots, l'enneagramme propose une catégorisation des comportements, et des compulsions des gens en 9 catégories.
Chaque "type" est un "stéréotype" comme on peut le trouver dans d'autres outils de profils.
Mais celui ci a cela d'intéressant, qu'il se base avant tout sur nos "défauts", nos compulsions, nos méthodes de défense.
On reconnaît son profil en y voyant nos propres compulsions, défauts, y apparaître.

Bien entendu, plus que ces 9 types, on y retrouve des sous types, et encore plus à l'intérieur des niveaux de maturité.
Cela donne une très grande richesse de déclinaison et peut être aussi une forme d'obscurantisme parfois, qui peut paraître tendre à l'astrologie.

Malgré tout, au delà de la surface, ma propre étude de ce système m'apporte beaucoup, et entre dans ma panoplie de travail, pour mieux comprendre le monde qui m'entoure, les gens qui m'entourent. Cela reste très intéressant, et riche d'enseignements. Je ne serai pas dogmatique, et n'en ferai pas ma profession.

Deux choses m'ont beaucoup intéressé dans cette étude de l'Ennéagramme : 

  • La découverte de profil, et l'acceptation de la différence d'autrui
  • La découverte que chacun peut avancer, et se développer

Acceptation de la différence d'autrui

Certains pourraient me considérer comme niais, et c'est peut être vrai, et chacun apprend à certaines périodes de sa vie.
Ce qui m'a tout particulièrement frappé dans cette étude de l'Ennéagramme, est de voir qu'on pouvait catégoriser des profils de personne sous 9 types macro. 
Au final, nous sommes tous composés de ces 9 types, chacun de nous est de temps en temps, perfectionniste, ou altruiste, ou rêveur, ou leader, ... Plus ou moins, et temporellement plus ou moins souvent. Mais le plus souvent, nous avons développé des mécanismes de défense dans notre enfance, pour nous protéger, et nous créer un environnement "sûr". Fort de l'expérience de ces mécanismes qui nous ont apporté une sécurité, à chaque fois que nous les avons déclenché, et parfois avec des effets secondaires mal maîtrisées, nous les déclenchons en automatisme toute notre vie, plus ou moins fortement.
Ces peurs nous font entrer dans un profil ou dans un autre. Et nous avons en nous, une peur dominante (peur du rejet de l'autre, peur d'être dominé, peur de ne pas bien faire, peur d'être comme les autres, ...).
Ce qui nous raccroche à un type Ennéagramme.
Et quand je lis, ces profils, on voit des mécanismes comportementales qui sont décrits, et qui sont plutôt intéressants, et que j'ai pu observer (chez moi même, ou chez d'autres), donc qui ne sont pas déconnants.
En tous les cas, il est intéressant est de voir, que chacun va trouver une réponse adéquate à son environnement, car il a en lui, des mécanismes de protection naturelle. Et j'ai observé des récurrences de ces comportements chez des personnes autour de moi, comme si elles étaient dans une sorte de boucle coutumière. Et elles font majoritairement les actions décrites de leur type, de manière très cohérentes.

Et Donc ?

J'avais une certaine croyance à une époque de ma vie, qui était que tout le monde était fait du même bois, et que les travers de chacun pouvait être corrigé vers un tronc commun plus "normal", et "bien".
C'était je vous l'accord quelque chose d'assez intolérant.
Et même si avec l'âge, je devins plus tolérant, vis à vis des comportements propres à chacun, et respectueux de l'identité de chacun, j'avais l'espoir de pouvoir amener certains vers ma propre vision de comportement, pour les rendre meilleurs, ou à l'image d'une vision que j'avais.
Et je pense que beaucoup de personnes pensent de même, notamment quand je vois la plupart des managers espérer que leur collaborateur embrasse le moule pensé pour eux. 
Peu importe, je me rends compte que ce mode de pensée est une gageure.

En étudiant l'Enneagramme, j'ai acquis beaucoup plus d'acceptation envers les comportements des gens. Je suis passé dans une étape où je me suis dit, effectivement, il est 6, je sais qu'il est inquiet par nature, c'est relié à son type. Qui est une forme d'excuse, pas réellement une acceptation, mais plus de la compréhension. D'autant que, qui suis je pour dire qu'il est 6.

Aujourd'hui, je me sens beaucoup plus dans l'acceptation de la différence, et la mienne par la même occasion. Chaque être a créé son propre moule unique, fait de vie passée, de vie à venir, de peur, de joie, d'envie... En tous les cas, accepter que l'autre est différent, et qu'il n'y a pas de normalité, et encore mois de normalité vers laquelle ramener l'autre, sont des pensées importantes qu'il faut cultiver.

Du coup, il devient amusant d'observer les gens tels qu'ils sont, et de voir une certaine prédictibilité dans leur comportement, et de le voir comme un tout. C'est vraiment cela qui est important, il ne faut pas voir le comportement des autres comme des défauts, ou des "ça laisse à désirer", ou "pourquoi il fait cela", pensé de manière péjorative.
Chacun a sa manière d'agir, qui correspond à des mécanismes créés pour se protéger, se défendre, se sentir bien. Des mécanismes éprouvés longuement dans leur passé, et qui donne majoritairement un résultat aidant. Peut être pas toujours le plus approprié, mais il est connu, maîtrisé, et est rassurant.
Ce ne sont pas des actes contre les autres, ce sont des actes pour soi, dirigé vers son bien être, et sa propre construction.

Cela ne veut pas dire qu'on ne peut pas en sortir, ou évoluer... d'où le développement personnel.


Le développement personnel


Cette partie est encore un peu floue pour moi.
Néanmoins, il est intéressant de travailler sur cet observateur intérieur, un peu dans l'ordre de l'attitude "Mentat", pour la prise de recul, et s'auto observer sous l'angle de l'analyse.

Un petit jeu consiste à reprendre les 15 dernières minutes écoulées, et d'essayer de voir ce que nous avons fait ou dit, et surtout d'en voir les motivations qui nous ont poussées à faire ceci de cette manière.

C'est en comprenant ses mécanismes intérieurs, ses réactions automatiques, qu'on peut essayer de les modifier. il est difficile de combattre une vie entière d'auto protection grâce à ses automatismes.
Mais parfois on se rend compte que ces automatismes nous ont nui plus qu'ils nous ont servi.
Se débarrasser d'un problème plutôt que de le résoudre, refuser une main tendue, plutôt que d'admettre sa "faiblesse" ou son besoin.

De mon point de vue, il est question d'utiliser cette énergie, d'une autre manière. Plutôt que de se défendre, et de se protéger sans cesse, il est possible d'utiliser cette énergie pour s'ouvrir et avoir des comportements plus constructifs, qui nous aident à aller de l'avant.

En cela, l'observation est importante, pour détecter, quand on s'est fermé (dans une forme d'auto protection, ou de non prise de risque), plutôt que de s'ouvrir?

Chaque type a ses mécanismes de défense, mais aussi des routes d'ouverture. L'eneagramme apporte des pistes de lecture, sur ce à quoi ressemble quelqu'un qui s'"éveille", et qui selon le vocabulaire, laisse de côté son "ego" pour écouter son "essence". Cela reste des propositions, des pistes, et non une "bible" qu'il faut suivre à la lettre. Chaque individu est différent, même si on retrouve des trames communes dans certains comportements. Comme tout modèle sur le comportement, ou les personnalités, il doit rester un outil, ouvrant les portes de la compréhension, sans en être la compréhension elle même.

Je pense qu'il y a là, quelques risques de détournement. Certains pourraient se prendre pour des gourous, en utilisant l'Eneagramme comme une source de vérité, dispensé à des disciples, avec une quête de soi, et surtout ensuite une épuration de l'âme.

Les personnes avec qui je discute de ce sujet, restent très prudentes quant à l'utilisation en terme de développement personnel. Cela reste avant tout un chemin personnel, qui peut aider à mieux se comprendre, et à tirer parti de cette compréhension pour avancer, et "être meilleur", mais "être meilleur" pour soi même.